Le sciage diamanté pour le réemploi du béton
Observations de terrain sur l’échantillonnage du béton, le sciage au diamant et le levage sur un chantier de démolition d’Orllati Group, avec dimensions, durées et coûts indicatifs relevés sur place.
Visite du chantier : 4 février 2025. Première publication : 12 février 2025. Révision : 28 octobre 2026.
Étude de terrain sur la récupération du béton
Le 4 février 2025, Didier Aeby a accompagné SEPAR sur un chantier de démolition d’Orllati Group. La visite portait sur les opérations de séparation et de manutention des éléments en béton, ainsi que sur leurs implications pour la récupération et le réemploi des composants.
Dans l’évaluation à l’origine du rapport de terrain de SEPAR, le béton représentait environ trois quarts des impacts environnementaux potentiels associés aux matériaux suivis par la SEPAR Demolition Map. Les observations ci-dessous documentent l’échantillonnage, la découpe contrôlée et le levage, avec les dimensions, les durées et les coûts relevés lors de la visite.


Plan de déconstruction et trame de découpe
Sur le chantier, la déconstruction d’un étage prenait environ deux semaines et produisait près de 700 m³ de béton. La division de la structure en éléments déterminait les temps de coupe, les charges de la grue et les besoins de transport.
Les dalles et les murs étaient sciés au diamant selon une trame de 7 × 1,5 m. Des dimensions répétées facilitaient l’organisation de la manutention et du transport. Pour le réemploi, le plan de découpe constitue aussi une première décision de conception : il définit les éléments disponibles pour le projet suivant.

Étaiement temporaire
Des étais provisoires étaient installés avant le début du sciage. Ils soutenaient la structure pendant la séparation des éléments et contribuaient à maintenir une zone de travail stable pour l’équipe.
L’étaiement temporaire et l’ordre de découpe doivent être conçus conjointement pour le bâtiment concerné. Le dispositif maintient la stabilité de la structure restante pendant le retrait des éléments.

Échantillonnage et essais du béton
Le carottage fournissait des échantillons cylindriques, généralement de 8 cm de diamètre et 16 cm de longueur. Des laboratoires externes en analysaient la masse volumique et la résistance, avec un délai annoncé de deux à trois jours pour ces essais.
Les résultats des essais de matériaux ont servi à estimer la main-d’œuvre, l’usure des outils et la durée de déconstruction, contribuant ainsi à l’évaluation des coûts de démolition.
Une évaluation du réemploi associe ces résultats aux données sur les armatures, l’état et l’historique d’utilisation, ainsi qu’aux charges et exigences de l’application envisagée. Le diagnostic de démolition peut ainsi contribuer aux données nécessaires à la conception structurelle ultérieure.


Tracé des coupes et guidage de la scie
L’équipe traçait les éléments et fixait des rails de guidage le long des lignes de coupe. Ces rails maintenaient la scie diamantée sur sa trajectoire, pour obtenir des coupes droites et des dimensions régulières avant la manutention.
Des scies diamantées motorisées découpaient le béton le long des rails de guidage. Des dimensions régulières facilitent l’inventaire des composants et leur comparaison avec les exigences d’un système constructif envisagé.



Découpe, levage et transport
Des ouvertures circulaires préparées dans le béton servaient de points d’accrochage aux chaînes de levage. Leur position compte aussi après la déconstruction : la future conception doit intégrer ces ouvertures et les prochaines manutentions de l’élément.
Premier passage : la scie réalisait une rainure de guidage peu profonde. Elle établissait la trajectoire de la coupe suivante.
Deuxième passage : la scie achevait la coupe pendant que la grue soutenait l’élément. Sur ce chantier, le levage et le sciage étaient coordonnés pour éviter le pincement de la lame. La pièce séparée pouvait ensuite être dégagée et déplacée.
La plupart des éléments du processus décrit à l’époque étaient destinés au concassage et au recyclage. Leur récupération pour un autre bâtiment ajoute plusieurs tâches : sélectionner les pièces adaptées, documenter leur état, organiser stockage et transport, puis les affecter à un projet. Les ouvertures de levage et les dimensions de découpe font partie de cette préparation.




Coûts indicatifs de découpe
Le compte rendu de février 2025 indiquait un tarif de sciage d’environ CHF 155 par m² de surface de coupe pour du béton armé de 150 à 200 mm d’épaisseur. Pour la dalle de 7 × 1,5 × 0,2 m, le montant annoncé de CHF 527 se retrouve en considérant des coupes le long des quatre côtés :
| Surface de la dalle | 7 × 1,5 = 10,5 m² |
|---|---|
| Volume de béton | 7 × 1,5 × 0,2 = 2,1 m³ |
| Longueur totale des coupes | 2 × (7 + 1,5) = 17 m |
| Surface de coupe | 17 × 0,2 = 3,4 m² |
| Tarif indicatif du sciage | CHF 155 / m² de surface de coupe |
| Coût calculé du sciage | 3,4 × 155 = CHF 527 |
CHF 527 couvrent le sciage. Le coût complet d’un composant prêt à l’emploi comprend aussi les diagnostics du bâtiment et des matériaux, le levage, le transport, le stockage, la préparation et l’assemblage. La recherche de SEPAR sur la chaîne de production examine ces coûts et les données encore manquantes.
Le rapport initial retenait CHF 630 comme référence pour une dalle neuve coulée en place. L’écart de CHF 103, soit environ 16 %, compare ce montant au seul coût du sciage. Le rapport proposait aussi une réduction de 40 % comme objectif d’une approche industrialisée.

Évaluation du réemploi des composants
Le concassage du béton fournit des granulats pour un nouveau cycle de production. Le réemploi des composants conserve l’élément existant et sa géométrie fabriquée. L’évaluation de ces voies de valorisation prend en compte l’état, la transformation, le transport et l’application prévue.
L’article initial renvoyait à l’étude d’Alexandros Glias de 2013, The “Donor Skelet”: Designing with reused structural concrete elements. Sa comparaison montre l’intérêt d’examiner les différentes voies de valorisation : le recyclage implique encore du traitement et une nouvelle production de béton, tandis que le réemploi peut conserver davantage du produit existant. Le bilan environnemental dépend du matériau, des transformations et des transports nécessaires au projet concerné.
La visite a contribué aux recherches de SEPAR sur l’évaluation, la récupération, le transport et la fabrication de composants en béton de réemploi. La feuille de route documente l’assemblage ultérieur du prototype et les essais en laboratoire, puis le démonstrateur à l’échelle réelle prévu.
Comparaison des matériaux
Valeurs pour 1 m³. Chaque indicateur possède sa propre échelle.
Ressources minérales primaires
kg/m³- Béton recyclé 1Weil, 20031 684
- Béton recyclé 2Weil, 20031 721
- Béton recyclé 3Weil, 20031 296
- Béton de gravierWeil, 20032 310
- Béton de granulats concassésWeil, 20032 365
- Béton préparé sur chantierIEMB2 100
- Élément en béton réemployéIEMB0
- Maçonnerie silico-calcaireIEMB1 450
Énergie non renouvelable
MJ/m³- Béton recyclé 1Weil, 20031 464
- Béton recyclé 2Weil, 20031 740
- Béton recyclé 3Weil, 20031 280
- Béton de gravierWeil, 20031 272
- Béton de granulats concassésWeil, 20031 451
- Béton préparé sur chantierIEMB1 830
- Élément en béton réemployéIEMB90
- Maçonnerie silico-calcaireIEMB1 888
Potentiel de réchauffement climatique
kg CO₂/m³- Béton recyclé 1Weil, 2003272
- Béton recyclé 2Weil, 2003328
- Béton recyclé 3Weil, 2003235
- Béton de gravierWeil, 2003234
- Béton de granulats concassésWeil, 2003265
- Béton préparé sur chantierIEMB195
- Élément en béton réemployéIEMB7
- Maçonnerie silico-calcaireIEMB213
Photographies du chantier : SEPAR, 2025. Diagramme comparatif : adaptation graphique par SEPAR, d’après Glias (2013).